Archives de Tag: solitude

L’ombre

La porte se ferme. On me la claque au visage. Je sens cette énorme masse d’air, entraînée par le mouvement de la porte, venir me frapper, me démontrer son dédain de ma personne, si seulement j’en suis encore une. Au moins, il y a ces quatres murs massifs qui m’accompagnent et me calment. Je respire de la poussière. Reste à savoir s’il s’agit de celle de ma conscience ou de celle de cette minuscule pièce où je me trouve désormais. Je n’ai plus que ça dans les poumons et dans la tête. Rien ni personne d’autre ne veut de moi de toute manière. Même mes œufs du matin et mon ragoût du soir ne se gênent pas pour m’exprimer un mélange d’indifférence et de mépris.

Mon esprit fait cavalier seul. Il y en a des solitaires, d’autres qui sont dépendants affectifs et d’autres encore, comme moi, qui n’ont jamais cessé de se chercher sans jamais aboutir devant l’ombre du début d’une potentielle réponse à quelque question que ce soit. Je ne me suis attaché à rien d’autre qu’à cette quête de moi-même. Ça me tue, peu à peu. J’ai toujours avancé, je me suis toujours enfoncé dans ce carcan psychique. Qu’est-ce qu’un homme sans autre compagnon que son pauvre esprit? Qu’est-ce qu’un esprit sans autre semblable que l’âme qui le pilote maladroitement? Qu’est-ce qu’une âme sans connexion aux autres solitudes de ce monde platement montagneux? Le ressenti, la connerie et la passion de la folie ont gagné le combat les opposant à la raison et à l’interdépendance.

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Vagabonder

Y’a rien de plus impersonnel qu’un autobus. Même en temps de canicule, la froideur qui y règne annihile toute chaleur humaine. On est serré comme des sardines pis tout est vide. Les regards se promènent, sautillent d’une publicité à l’autre, d’une culotte de cheval à l’autre, d’un bouton au visage à l’autre mais, étrangement, ne s’arrêtent pas sur les jambes frêles et tremblotantes de la vieille dame qui vient d’embarquer. Qu’elle tombe pis qu’elle se pète la gueule! J’me lèverai pas.

D’autres solitudes se joignent à ce concert d’âmes insipides. Parmi elles, un enfant qui monte dans l’autobus avec une auto miniature. Il en fait aller les roues au gré de son innocence pendant que sa mère le tire devant par le poignet. Toute la candeur du monde s’est faufilée dans ses yeux. Alors qu’il passe, les autres passagers lui jètent un regard dérangé. Il casse les cocons frigides. Ticoune, dégage! Va jouer dans l’trafic, mais pas icitte! Tu m’énarves.

Chacun dans ses malheurs, chacun dans ses joies, chacun dans sa bulle. Métro Jarry, c’est mon arrêt, je descends. Les stations de métro fourmillent de têtes, de paires de jambes, d’yeux… de tout, sauf d’humanité. On dirait que plus il y a de gens, plus l’on se sent seul. La misère rôde aux alentours. Elle me regarde. Je la regarde, je l’entends, je ne la vois pas, je ne l’écoute pas. Je continue de marcher, je fais quelques pas de plus vers chez moi, vers nulle part.

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