Cohue

Les insectes grimpent mes veines
S’abreuvant de leur saillance
Leurs pattes me rouant de coups

L’enfant de coeur sonne la cloche
Le curé défonce la porte
Faux désir goûte à tout
Pure absence de couleur

Le feu descend la branche
Les bourgeons crient l’hérésie
Le coeur brûle-t-il plus que la fumée?

Sur mon perchoir de marbre noir
Mes cellules bouillonnent d’existence
Jouons au chat et à la souris
Avec les parasites d’en haut

Ferme-moi la porte sur le visage
Caresse l’échafaud avec patience
Le temps qu’explose sa nature

Écrit il y a plusieurs mois, retrouvé par hasard…

Chaîne

Les peaux se frottent, s’assèchent, se caressent et se blessent. Le cliquetis du macabre retentit et fait trembler les murs de tôle irrigués de sang. Les gicleurs ne manquent pas. Les carcasses trémoussées d’en-haut défilent et passent. Éphémères. On fûme du silence. Nous fûmes ce silence, au travers des bourrasques de temps qui trépassèrent aussi. Les chenilles roulent. Rythme régulier. Infatigable. Là. On l’entend et l’attend, lui qui sent et descend pour le sang cassant le moment. Cliquetis qui cliquent le chic pique-nique. Brique. Ça sent les sentiments puants de vérité mortelle. Les crochets jouent le concert du temps, une note après l’autre. Toujours la même, qui se répète au cycle prochain qui s’en vient. La viande se mange toute seule. Pas besoin de personne. Personnes.

J’regarde dans tous les sens pis j’vois rien

J’me cogne les pieds sur la base de mon tabouret. Y fait chaud pis moé j’ai frette. J’lève la tête, ma bière s’en vient. Elle, elle est chaude. Du moins, un p’tit peu, criss. Ça sent l’vomi d’vieux saoulon. On y passe tour à tour, mais mais y’en a qui boivent plus de marde que d’autres, avec ben du gras, juste assez pour se boucher les veines ben solide. Trouvez-moé bizarre si ça vous tente, mais j’check tout le temps les veines du monde, le sang qui coule, suinte puis s’écoule, un peu bousculé par les autres affaires qui circulent sur c’t’autoroute de la connerie. Des conneries inhumaines, y’en n’a pas, parc’que la connerie, est ben humaine. J’en ai soupé d’écoeurement, mais aussi pour en produire. On chie tous dans l’tas. On a une fusée dans l’cul, s’tie, comme pour nous propulser en haut, au-dessus de que’qu’chose. Que’qu’chose de splendidement insignifiant. Plein d’lumières de Noël cheapettes de chez Walmarde, de chars d’l’année d’y’a quinze ans, de trous d’cul qui t’appellent pas mais t’ajoutent sur Facebook, de couteaux plantés dans l’dos pis encore. Les veines sont saillantes, elles veulent me péter dans ‘face. Ça s’répare tu avec des tie-wraps, ça aussi?

 

Ça va vite, pis en osti. Un pas d’plus, ça monte, ça accélère, ça s’intensifie, ça force, ça fesse pis ça pète. Mais pas moé. Pas à soère. Ma tête est ben trop dure. J’va prendre une autre gorgée, avec toé qui s’en vient. J’sais pas si on va prendre un verre, si on va rester, si on va partir, c’qu’on va faire demain matin, au lever du soleil. Mais tu vas être là, pis c’est ink ça que j’veux.

 

(Fin février 2014)

Courant(s)

Par la f’nêtre, j’regarde les bourrasques de vent qui tournent pis qui m’retournent, me balançant à leur remorque. J’ai d’quoi qui me tiraille au ventre. Qui me traverse comme l’eau passe une digue qui tient pus. Mais la digue s’adapte au gré du courant de cette eau tiède. Elle flotte. Bon, le moteur part, pis moi aussi. Là, le vent s’lève pour vrai. J’vois ben des branches d’arbres à terre. J’ramasserais tout c’que j’vois. Serrer le monde dans mes bras. Tout y mettre. Même le vent, yé bon lui aussi dans l’fond. Yé juste trop fort, pas capable de s’contrôler, un fauve au milieu des lièvres incrédules. Stupides aussi. Parce qu’ils comprennent pas pas que la vie sert à rien, que c’est à eux de se servir d’elle. L’exploiter jusqu’à parvenir au bout de son souffle et du leur. Saturer ses poumons de l’air pur, qui nourrit. Naturel. Respirer.

 

(16 avril)

Attraction sonore

Le son d’la basse me fait vibrer. Une corde effleurée, touchée, enfoncée, puis défoncée. L’onde se propage et m’atteint. Je convulse. Mon sang devient électrique. J’ai pas mal ‘à tête, j’ai pus d’tête pis c’est tant mieux. Toute la violence de ces frémissements qui m’envahissent ne m’atteint pas. Ça m’passe cent pieds au-d’ssus d’la tête. Un accord, pis un autre. C’est l’chaos total ici d’dans. C’est l’paradis. C’est l’mien en tout cas pis y’a personne qui peut v’nir me chercher, là-bas. Chaque frottement du pic de guitare contre les cordes de cette boîte à sang me transperce ben plus que la peau. Ça me transperce tout simplement.

Résonance. Résonance sonore. Résonance intense. Résonance interminable. Résonance langoureuse. Résonance serrée. Résonance forte. Résonance choquée. Résonance fébrile. Résonance incontrôlable. Résonance mentale. Résonance physique. Résonance magnétique.

Bruit. Bruit de l’air. Bruit du coeur. Bruit inhérent. Bruit des sensations.

La sensation.

(Début mars 2014)

Pénétrer le feu

Mon flanc pleure les larmes
Du coeur exilé de sa douce niche,
Sa blanche triche qui l’atteignait enfin
Poing dans l’mur, poing dans l’âme
Mais point dans une quelconque chose
Ah! Ces fugitives futilités qui me traquent
Vers le Nord qui me tue

Frémir de l’intense anarchie des cons qui se succèdent
L’un après l’autre à la tête de ma tête
Qui comprend qu’elle ne saisit rien
Qui s’y refuse

La plume caresse mes frissons
Me fait danser quand j’mange d’la merde
Cette chiasse d’où je baigne d’où je viens
Où je suis

La soif me grimpe
De bas en haut
Du Sud au Nord
Puis m’astreint à ces ludiques lubies
Des imbéciles qui me précèdent, me suivent et me ressemblent
Du vide lunaire des étoiles qui tournent malgré tout

La chaleur explose en moi
Elle me monte de ses doigts pernicieux
C’est toi, rien que toi
Tout toi

Pénétrer le feu

Goûts d’automne

Novembre cogne à ma porte. Je lui ouvre pour lui ordonner de déguerpir, car je ne peux supporter ses matins de rosée frigorifiante, ses journées pluvieuses et ses soirées glaciales. Je lui claque la porte au nez. Aujourd’hui, j’ai rencontré l’acrimonie, l’aigreur et l’amertume, ces trois sœurs qui se plaisent à narguer les mortels du haut de leur perchoir inatteignable et que personne ne veut toucher.

Quelques heures plus tard, je décide d’asphyxier le feu et de quitter ma bicoque pour une petite marche de santé qui ne pourra que me faire du bien. Chaque respiration emplit un peu plus mon corps de la noirceur du monde, de l’obscurité profonde de ce monde qui t’a enlevé à moi. Je te revois, je te sens, je passe ma main dans tes cheveux châtains. Je dois enlever tout ça de ma tête. Je dois t’en ôter aussi, au plus vite. Mais c’est trop tôt, trop vite, trop tout.

L’automne m’aspire un instant. Ses feuilles cassantes tourbillonnent dans les bourrasques de vent sporadiques. Le rouge se mêle au verdâtre et à l’orangé. Ce spectacle revêt une grande insignifiance. Tout devient banal, futile et terne quand tu n’y es plus pour ajouter ta saveur caractéristique à chaque chose que tu croises. Je suis convaincu que même la faucheuse ne pourra jamais te chasser de ses pensées. Jamais.

J’aimerais tant te donner le sang qui irrigue mes veines, l’électricité qui transite entre mes neurones, la volonté à laquelle carbure ma tête. Mais je ne peux pas. En te perdant, je me suis perdu.

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L’ombre

La porte se ferme. On me la claque au visage. Je sens cette énorme masse d’air, entraînée par le mouvement de la porte, venir me frapper, me démontrer son dédain de ma personne, si seulement j’en suis encore une. Au moins, il y a ces quatres murs massifs qui m’accompagnent et me calment. Je respire de la poussière. Reste à savoir s’il s’agit de celle de ma conscience ou de celle de cette minuscule pièce où je me trouve désormais. Je n’ai plus que ça dans les poumons et dans la tête. Rien ni personne d’autre ne veut de moi de toute manière. Même mes œufs du matin et mon ragoût du soir ne se gênent pas pour m’exprimer un mélange d’indifférence et de mépris.

Mon esprit fait cavalier seul. Il y en a des solitaires, d’autres qui sont dépendants affectifs et d’autres encore, comme moi, qui n’ont jamais cessé de se chercher sans jamais aboutir devant l’ombre du début d’une potentielle réponse à quelque question que ce soit. Je ne me suis attaché à rien d’autre qu’à cette quête de moi-même. Ça me tue, peu à peu. J’ai toujours avancé, je me suis toujours enfoncé dans ce carcan psychique. Qu’est-ce qu’un homme sans autre compagnon que son pauvre esprit? Qu’est-ce qu’un esprit sans autre semblable que l’âme qui le pilote maladroitement? Qu’est-ce qu’une âme sans connexion aux autres solitudes de ce monde platement montagneux? Le ressenti, la connerie et la passion de la folie ont gagné le combat les opposant à la raison et à l’interdépendance.

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Un pied devant l’autre

D’éparses brides de vent caressent mes joues rougies par la douce fraîcheur de ce temps automnal. Elles transportent la chaleur du contact, la douceur du toucher, la détente de l’accolade. Par ses fougueux caprices, l’air bohémien véhicule l’entièreté du vide, l’infinité du rien du tout, le blanc du noir. Les feuilles des arbres, ces bouts de nature vigoureux de la sève des grands érables du coin, flottent du haut de ceux-ci, puis tourbillonnent au-dessus de la terre, nargant tout ce qu’elles survolent. Ces petits éclats de la luxuriante saison viennent ensuite tapisser l’asphalte, conférant à chacun de mes pas la sérénité et la passion de l’innocence.

Je m’arrête et bombe le torse pour mieux apprécier l’horizon qui se pointe, sans y porter attention. L’ambiance arbore une touche de laisser-aller. L’odeur de la moisson ponctue les profondes respirations dont j’emplis mes poumons. Je ne voyage même pas vers la seconde qui suivra, je me laisse planer sur le moment présent. La brise s’intensifie, j’accélère un peu le pas.

Les tas de feuilles nourris par de jeunes enfants pullulent au milieu des chaumières pleines de vie. Le son de ces esprits puceaux qui s’esclaffent envahit ma tête, la vide de tout le reste et me fait vivre pour de vrai durant un instant. Des cheminées se dégage la rassurante fumée des foyers où brûlent les feux de la sérennité légère. Malgré tout, l’aigreur se déniche toujours une brèche et parvient à noircir le portrait global. N’est pas innocent qui le veut, mais bien qui le désire.

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Jusque dans les veines

L’ambition contracte tous les muscles de son corps alors que ses genoux encaissent un choc de plus, venu du fracas entre son pied et l’asphalte de la piste. Ses poings se referment. Elle ne pense qu’au chemin devant elle, à ce qu’elle peut en faire. Son regard, d’une droiture olympienne, ne croise rien, mais perce tout. Ses veines, saillantes, se gorgent de vie et de toute l’intensité qui peut l’accompagner. Le sang vigoureux irrigue l’organisme jusqu’aux bouts de ses doigts, lesquels frôlent déjà le feu qui nourrit la flamme de la jeune femme depuis les premières étincelles.

La piqûre a touché sa peau il y a de cela bien longtemps et la possède encore, la possédra toujours, jusqu’à la fin, jusqu’au bout, jusqu’au but, si elle atteint un jour le seuil de la satisfaction, lequel ne cesse de s’élever tout droit vers les cieux.

Mais elle reste bien ancrée au sol, faisant face à la terre, face à ses objectifs, face à l’avenir, face à elle-même. Les rebonds de ses souliers donnent l’élan nécessaire à quelques parcelles de boue pour venir heurter son épiderme à la fois rude et souple. Elle court encore. Les emjambées se succèdent à un rythme effrené. La sueur arrose son front qui en a bien besoin. Sa chair commence à sentir la fatigue, mais cette dernière n’atteint pas son cerveau, son grand manitou. Ses pieds conservent leur trajectoire, ses yeux ne dévient pas, elle ne tanguerait pour rien au monde. Chaque seconde de persévérance la rapproche de sa ligne d’arrivée. 

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